En consultant ce site internet, vous avez découvert ou allez découvrir mon attachement tout particulier à la photographie documentaire. Et pourtant, il y a une image au-delà du réel, qu’elle soit argentique ou numérique, qui se crée par la quête de sens du photographe.
Cette quête dont Raymond Depardon a su en clarifier les termes dans son livre Errance, amène le photographe au-delà des clichés de son métier, et même de son art, si tant est que l’on considère la photographie comme un art.
La finalité d’une photo ne définit pas ce qu’elle est à mon sens. Que l’on fasse une exposition, un livre, une publication dans la presse ou des stories Instagram, au-delà de l’image, il y a un esprit, un regard, une personne pensante.
Ce n’est pas l’appareil qui fait la photo, c’est le photographe. C’est-à-dire sa manière de voir, de penser le territoire là où il est, là où il fait la photo. C’est pourquoi, qu’elle que soit la technique employée, quel que soit le résultat final, en termes d’esthétique ou de restitution, une photographie ne sera jamais véritablement le réel, bien que les mots de Roland Barthes dans la Chambre claire seront toujours justes : « Cela a été. » – A lire sur Roland Barthes et « l’image fatale »
Ce rapport à la mort entre le réel et la photographie, constitue-t-il l’essence d’être du photographe comme témoin ? Sans doute, car dans notre errance, comme le dit Depardon, nous ne sommes ni simple touriste ni en balade « du dimanche ». Nous observons ce qui bien souvent « a été » dans le réel, et a donc une histoire.
Ce que les photographes mettent en lumière, c’est le récit du réel à travers leur propre récit, à travers leur propre histoire. J’aime cette idée, que nous devons absolument voir au-delà de l’image, car dans les ombres, dans la construction, dans les détails parfois difficilement lisibles, se construit une certaine conscience du réel, de notre environnement, du territoire où nous vivons.
L’imagination est au cœur de la création
Dans ce travail photographique que l’on pourrait nommé post-documentaire, nous sommes bel et bien dans le principe d’une écriture photographique. Et cette écriture dépend de notre imagination, non pas seulement à créer de la fiction, mais plutôt à imaginer, à concevoir un sujet. Voilà sans doute ce qui semble être, dans un avenir où l’intelligence artificielle va assainir la photo dite « d’illustration », la véritable force de la photographie. Comme le dit Henri Peyre : « Il ne faut pas confondre la photographie, et le sujet de la photographie. »
C’est bien pourquoi, cette imagination est au cœur de la création. Regarder au-delà de l’image, se libérer du réel, est sans doute le salut de la photographie et la condition de sa préservation.








